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Discours de Ronan Dantec en plénière d'ouverture du sommet Climate Chance, sommet mondial des acteurs du climat, à Nantes le 26 septembre.

 

 

Madame la Présidente,

Monsieur le Président du GIEC,

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues et amis,

Tout ou presque a déjà été dit sur la gravité de la crise climatique en cours. Ce mois de septembre aura encore battu en France de nouveaux records de chaleur et, au moment où nous nous réunissons, nous ne pouvons l’ignorer, de nouveaux réfugiés s’embarquent en différents points de Méditerranée, au péril de leur vie, pour fuir des contrées devenues inhabitables avec, dans les causes bien évidemment complexes de déstabilisation de ces pays, presque toujours aussi une part de dérèglement climatique.

Les températures mondiales sont maintenant un degré au-dessus des moyennes de la période préindustrielle. Seulement un degré et déjà la multiplication des évènements extrêmes, les sécheresses, inondations, et autres cyclones, nous impactent fortement. Il est donc évident que si nous ne stabilisons pas le climat dans les prochaines décennies, et ce n’est pas du catastrophisme de l’envisager mais une simple lucidité, alors tout simplement, nos sociétés n’y survivront pas dans leurs modes d’organisation actuelle.

En se mettant d’accord à Paris sur l’impératif de limiter les températures entre 1,5 et 2 degrés, la communauté internationale, à travers ses chefs d’Etat et de gouvernement, a affiché un consensus fort sur l’extrême gravité de la crise climatique, tourné la page du climato-scepticisme, même si malheureusement ici et là, quelques voix irresponsables s’égarent encore dans la négation du réel.

Mais si le travail scientifique et la rapidité des phénomènes mesurés ont permis d’accroitre les prises de conscience, c’est un risque encore plus redoutable qui nous menace aujourd’hui, celui du climato-fatalisme : ce sentiment de se trouver face à une crise extrême mais aussi dans l’incapacité d’y trouver des solutions, cette impression qu’il ne sert à rien d’agir, de faire sa propre part puisque, de toute manière, l’autre, le voisin proche ou l’étranger lointain, ne fera pas la sienne. Ce climato–fatalisme est redoutable car derrière lui se dessine le repli des sociétés, la peur de l’autre, vécu de plus en plus comme une menace. Nous sommes à ce croisement, ce moment où nous choisissons d’investir collectivement notre énergie soit dans la production de panneaux photovoltaïques, soit dans la production de barbelés.

Et ce climato-fatalisme a de quoi se nourrir, par exemple du fait que les contributions volontaires des Etats sur leurs réductions de gaz à effet de serre, les NDCs dans le jargon de la convention climat, sont loin d’être à la hauteur des efforts à faire pour stabiliser le climat.

Notre responsabilité à tous est donc bien, et c’est la raison pour laquelle nous sommes réunis à Nantes, de poursuivre notre mobilisation pour crédibiliser un scénario de stabilisation rapide du climat, et donc aider les Etats à réévaluer, et ce dès 2018, leurs contributions volontaires.

L’ambition est donc grande, certains la jugerons peut-être même disproportionnée, mais avons-nous d’autres choix si nous ne voulons pas nous contenter d’être les témoins d’un désastre annoncé ? Mais cette ambition n’est pas qu’un slogan de sommet, c’est aussi une méthode que nous avons cherchée à décliner dans le programme de ce Climate Chance.

Premier objectif de ces 3 jours de débats : montrer que l’action de terrain, ça marche et ça se réplique. Le Climate Chance, c’est ainsi d’abord 75 ateliers qui vous offriront une vitrine de ce qui se fait de mieux aujourd’hui sur le terrain pour combattre le dérèglement climatique, sur les enjeux d’adaptation comme d’atténuation. 300 intervenants du monde entier, que je salue, ont fait le voyage à Nantes…et ils auraient pu être bien plus puisque cet appel mondial à contributions s’est soldé par près de 600 propositions. Je remercie d’ailleurs le comité scientifique du sommet pour avoir procédé à la nécessaire sélection des contributions. On nous demande souvent : « mais à quoi ça sert d’organiser un tel sommet, de dépenser des sous et de brûler en voyages des tonnes de CO2 (bien évidemment compensées ici) ? » La réponse est simple. Si dans les milliers de participants à ce sommet, plus de 3 000 de 62 nationalités, vous êtes ne serait-ce que quelques dizaines à rentrer chez vous avec une nouvelle action à mettre en œuvre, une politique publique à renforcer et à développer, alors déjà l’objectif sera atteint.

Mais nous avons encore bien d’autres ambitions. Les forums du Climate Chance, avec ses 16 coalitions thématiques, qui dessineront ou adopteront à Nantes leurs feuilles de route 2016-2018, sont au cœur de notre projet. Lancé à Lyon lors du Sommet Climat et Territoires de juillet, et je salue tout particulièrement mon ami et co-président du Sommet de Lyon, Bernard Soulage, ces coalitions ont vocation à rassembler par secteur tous les acteurs impliqués, en s’articulant avec les initiatives lancées à Paris dans le cadre du Lima-Paris-Action Agenda. Elles se donnent pour objectif de mesurer le potentiel d’action, les actions à mener pour diffuser les meilleures pratiques, les messages à remonter vers les Etats et les structures internationales sur les blocages et les difficultés, et à contribuer ainsi à la réévaluation des contributions volontaires des Etats. Elles doivent aussi montrer les co-bénéfices qui naissent de l’action sur le climat : création d’emplois, qualité de vie, solidarités renforcées. Et c’est bien parce que nous voulons renforcer ce message positif que nous avons appelé ce sommet, et les suivants, « Climate Chance ». Les débats de Nantes devront donc aider chaque coalition à affiner dans sa feuille de route l’ensemble de ces objectifs. Nous sommes tous conscients que ce n’est pas juste en quelques jours que nous arriverons à atteindre tous les objectifs, ces coalitions doivent aussi trouver leur forme d’organisation dans la durée, mais déjà je salue les structures –ONG, réseaux de collectivités ou d’entreprises, qui ont accepté de prendre en charge ces animations, de s’inscrire dans l’état d’esprit de la démarche du Climate Chance.

Car notre démarche est avant tout un état d’esprit, la volonté de rassembler sans exclusive, en refusant les patriotismes d’organisation, dans le respect des différentes sensibilités, tous les acteurs engagés dans la lutte contre le dérèglement climatique. Notre conviction profonde est que nous ne pouvons gagner cette lutte vitale contre le dérèglement climatique que si nous faisons communauté.

Construire dans la durée cette communauté est bien l’ambition. Elle ne se décrète pas, elle se construit pas à pas. Il y a 3 ans, ici même, nous tenions avec quelques acteurs – 4D, ICC, Climates, ICLEI- un atelier pendant le sommet Ecocity pour discuter de la possibilité d’un texte commun entre acteurs non-étatiques, pour défendre un objectif spécifique de développement durable sur les enjeux urbains. La petite salle n’était pas tout à fait pleine mais, quelques mois plus tard, nous présentions pour la première fois dans le cadre des négociations onusiennes, un texte commun, pour défendre cet ODD, signé des organisations mondiales de collectivités, de jeunes, de femmes, ou de syndicats, par des grandes ONG ou de réseaux d’entreprises. Une dynamique était lancée, pas toujours accueillie favorablement d’ailleurs par nos interlocuteurs onusiens qui s’inquiétaient de cette entorse faite aux jeux très installés des lobbyings catégoriels, les entreprises d’un côté, les ONG de l’autre, les collectivités à part, mais elle n’était pas passée inaperçue et, en septembre 2015, l’ODD « Villes et communautés durables » était adopté. Nous avons récidivé en septembre 2014, avec le texte « Catalysing action », plus largement signé et présenté lors du sommet de mobilisation organisé par Ban Ki-moon par les acteurs non-étatiques, texte qui annonçait le Sommet de Lyon. En juillet 2015, nous étions donc plus de 1 000 à l’Hôtel de Région de Rhône-Alpes pour adopter tous ensemble une déclaration qui insistait sur les liens entre climat et développement et l’enjeu de l’approche territoriale, pour nous engager à agir, avec notamment l’engagement des élus présents à réduire de deux milliards de tonnes eq CO2 les émissions territoriales en 2020. Un an après, l’un des focus du Sommet de Nantes fera d’ailleurs le point sur les engagements pris à Lyon.

C’est donc bien une démarche dans la durée que nous avons engagée, qui ne s’arrêtera pas à Nantes, mais a vocation à se prolonger au Maroc, en Amérique du Nord, en Australie…dans d’autres sommets et initiatives.

Cette démarche impose donc de sortir de son propre pré-carré, de se confronter et de collaborer avec d’autres, de refuser les « entre-soi », c’est la clé de notre démarche, c’est probablement notre part d’utopie, en écho au multilatéralisme onusien, nécessaire et précieux, et qui compose chaque jour avec les tensions et affrontements de ses propres membres. Nous ne nions donc pas les divergences, les sujets qui opposent, ils se doivent toujours d’être évoqués. La lutte contre le dérèglement climatique questionne toutes nos habitudes, de vie quotidienne, de pratiques économiques, de développement des territoires. Il tente d’introduire des virus de coopérations dans des logiciels souvent marqués par la priorité à la compétition entre les individus, les entreprises ou les territoires. Les arbitrages ne sont pas toujours simples, les tensions inévitables. Nous les assumons en ayant invité ici tous et toutes, en connaissant leurs divergences. Et je ne suis pas théorique en l’évoquant. Rien qu’en Loire-Atlantique, je pense que cela ne vous aura pas échappé bien sûr, le risque climatique est au cœur de vifs débats, sur les choix de plateformes aéroportuaires, mais aussi d’avenir des productions électriques ou de réseaux de chaleur. Nul n’a, en participant à ce sommet, abdiqué ses convictions et ses luttes, mais peut-être que les échanges permettront aux uns et aux autres de mieux s’entendre, voire de renouer les fils du dialogue.

La cadre de Climate Chance est fixé, place aux travaux en ateliers, dans les forums, et aux grands débats en plénières. Sur ce point, quelques précisions en conclusion. Tout d’abord sur l’aspect logistique, et je rends vraiment hommage aux équipes de la Cité des Congrès, de Nantes Métropole, de Transitions, et de tous nos partenaires, qui se sont énormément mobilisées, nous sommes d’abord victime du succès du sommet. Nous avons dimensionné le sommet sur 2500 participants, soit déjà le double de Lyon, et vous êtes beaucoup beaucoup plus nombreux à vous être inscrits, notamment les derniers jours. Donc merci pour votre bienveillance sur quelques moments d’attente et merci de tenir les horaires dans les participations aux différents rendez-vous car les salles seront vites pleines. Ensuite, nous sommes conscients des difficultés liées aux dates, et à l’extrême densité du calendrier international sur le climat. Aussi je vous demande d’excuser ceux de nos intervenants absents qui ont dû répondre à d’autres contraintes de dernière minute. C’est notamment le cas d’Hakima El Haite, qui se trouve dans l’obligation d’être ce matin à Tanger à un évènement royal et qui fait tout son possible pour rejoindre Nantes dans la soirée. Sur le fond, nous avons vraiment voulu produire un débat structuré entre responsables gouvernementaux, porteurs d’outils d’action, élus, chefs d’entreprises et responsables d’ONG, pour que sur ces grands enjeux climatiques la parole des acteurs non-étatiques soit mieux comprise et entendue. Ça sera aussi le sens de la déclaration finale qui sera présentée ce mercredi, soutenue par un nombre considérable de réseaux internationaux ou nationaux. Mais mercredi est autre jour.

Car pour l’instant, encore merci d’avoir fait le voyage à Nantes, bienvenu au premier Climate Chance et bon travail à la communauté climat.