Ronan Dantec a interrogé la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargée de l'industrie, Agnés Pannier Runacher, au sujet des 400 suppressions de poste en R&D au sein du groupe Sanofi alors que l’entreprise a touché près d’un milliard d’euros d’aides publiques en dix ans et qu’elle a versé quatre milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Ronan Dantec dénonce "l'indécence" de Sanofi et demande au gouvernement de faire entendre raison à l'entreprise "en total décalage avec le contexte économique et social actuel et la volonté affichée d'une société plus autonome et résiliente". 


La question en video ici.

M. Ronan Dantec . - (Applaudissements sur les travées du GEST) Sanofi vient de confirmer la suppression de 400 postes dans ses services de recherche et développement en France. Cette annonce suscite un réel émoi, tant elle apparait en total décalage avec le contexte économique et social actuel et la volonté clamée par tous d’une société plus robuste, plus autonome et plus résiliente.



Une petite série de questions :



Première question : Pensez-vous rationnel que nous réduisions notre capacité de recherche scientifique médicale, alors que nous sommes tous convaincus qu’il nous faut renforcer l’autonomie européenne en matière de production de médicaments ?



Deuxième question : Pensez-vous raisonnable qu’une entreprise européenne bénéficiant d’aides publiques très importantes et de commandes publiques massives, puisse ainsi, pour reprendre les propos de Madame Borne, ministre du Travail, remettre aujourd’hui, des centaines de salariés sur le marché de l’emploi ?



Troisième question : Pensez-vous acceptable, alors que les Français sont terriblement inquiets pour leur propre avenir économique, mais ont aussi montré une forte capacité de cohésion en appliquant les consignes sanitaires, qu’une entreprise de cette importance puisse passer un message aussi brutal, en refusant de s’inscrire dans la préservation de la cohésion nationale, en assumant d’augmenter sa distribution de dividendes tout en réduisant son nombre de salariés ?



En imaginant que vous ayez répondu non à ces trois questions, ma dernière question sera donc fort simple : comment prévoyez-vous d’intervenir pour que Sanofi revienne sur sa décision et comprenne qu’elle ne peut aujourd’hui faire preuve d’une telle indécence ? 


Réponse de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargée de l'industrie

Texte de la réponse : M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'industrie.

Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargée de l'industrie. Monsieur le sénateur Dantec, je veux d'abord vous dire que la décision de Sanofi ne vient pas d'être prise. C'est une information dont nous avons déjà discuté dans cet hémicycle. Je vous avais déjà répondu, au mois de juin dernier me semble-t-il, au sujet de l'entreprise Sanofi, qui, effectivement, recentre une partie de ses sites de R&D sur trois verticales d'excellence, notamment les vaccins.

Je veux vous répéter ce que nous avions dit alors : conformément à vos attentes, nous serons extrêmement vigilants sur la réindustrialisation de la France, le niveau de nos capacités de production et le renforcement de notre excellence en matière de santé aux niveaux national et européen.

Ainsi, nous avons formulé trois demandes à Sanofi : qu'il n'y ait que des départs volontaires, et aucun départ contraint – je puis affirmer ici que le patron de Sanofi s'est engagé en ce sens –, que Sanofi augmente ses dépenses annuelles de R&D – de fait, Sanofi s'est engagé à investir 2 milliards d'euros chaque année dans ce domaine – et que Sanofi réimplante des sites de production. Un site de production de vaccins évolutif verra ainsi le jour.

Ce dernier aurait été très utile dans les circonstances présentes, mais je rappelle que, si la production de produits pharmaceutiques en France a été divisée par deux entre 2005 et 2015, c'est précisément parce que nous n'avions pas de politique d'attractivité à destination des investisseurs étrangers et français. Comme l'a indiqué Bruno Le Maire, nous avons entamé ce travail, avec le Président de la République et le Premier ministre, pour attirer de nouveau les entreprises et renforcer nos sites de production.

Monsieur le sénateur, je veux donc vous rassurer : oui, nous mettrons toutes nos forces dans la bataille pour réindustrialiser la France et faire du secteur de la production en santé une priorité. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Ronan Dantec, pour la réplique.

M. Ronan Dantec. « Tout le monde a vu durant cette crise que des médicaments qui paraissaient usuels n'étaient plus produits en France et en Europe » : tels sont les propos qu'Emmanuel Macron a tenus au mois de juin.

À l'époque, nous pouvions penser, en toute innocence, que c'était justement pour y remédier, notamment dans le domaine du diabète, où sont les suppressions d'emplois, qui ne sont pas du tout liées à la stratégie vaccinale. En fait, c'était tout simplement pour s'y résigner ! (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)